ATTENTION aux idées reçues sur l’optimisme !

Avr 11, 2020 | Articles | 0 commentaires

La pensée positive… Un concept qui sonne particulièrement creux en ces temps pleins d’émotions contradictoires. Mais surtout, un concept tellement en vogue que voir le verre à moitié plein est presque devenu une obligation sociale, et que les personnes qui n’en sont pas capables sont vite qualifiées de défaitistes…

L’optimisme ne convient pas à tout le monde…

Et ce n’est pas toujours facile à vivre pour tous ceux pour qui il n’est pas naturel de voir le bon côté des choses ! Pourtant, il est tout à fait normal que certains d’entre nous ne soient pas naturellement optimistes, car cela n’est pas une stratégie gagnante pour tout le monde. D’après une étude (Norem, J. K., 2001), il existe deux catégories de personnes : les optimistes stratégiques et les pessimistes défensifs.

 

Optimisme stratégique vs. pessimisme défensif

Les optimistes stratégiques sont ceux qui vont être convaincus que les événements à venir se dérouleront bien et qu’il ne se produira pas vraiment de problèmes concernant la situation dont il est question. Les pessimistes défensifs, au contraire, vont plutôt penser que les événements seront susceptibles de mal tourner et imaginer toutes les issues négatives possibles de la situation. Il existe, bien sûr, également des personnes qui se situent entre ces deux extrêmes et qui vont plutôt être optimistes stratégiques dans certains contextes et pessimistes défensives dans d’autres.

Bon, dit comme cela, être optimiste semble bien mieux qu’être pessimiste. Mais détrompez-vous ! Forcer un pessimiste défensif à faire preuve d’optimisme ou, si l’on est pessimiste défensif, se forcer soi-même à privilégier l’optimisme est complètement contre-productif et contre nature !

En effet, la science a démontré que si les pessimistes défensifs adoptent leur stratégie de prédilection, c’est pour se préparer au mieux aux événements à venir, et que, lorsqu’ils sont contraints ou qu’ils se contraignent eux-mêmes à privilégier l’optimisme, cela nuit grandement à leurs performances. De la même manière, demander à un optimiste de faire preuve d’un peu plus de pessimisme diminue sa performance, car cela ne correspond pas à son fonctionnement naturel.

 

Attention au pessimisme « tout court »

Une précision tout de même. Le pessimisme défensif se différencie du pessimisme « tout court ». Le pessimisme défensif implique une réelle anticipation des issues négatives éventuelles d’une situation, ainsi qu’une recherche de solutions destinées à remédier à ces issues. Alors que le pessimisme « tout court » consiste à craindre le fait que des problèmes se présentent, sans chercher à les identifier ni à les anticiper. Par exemple, là où un pessimiste « tout court » se dirait « je suis sûr que je vais échouer à cet entretien d’embauche » et se le répéter en boucle, un pessimiste défensif se dira plutôt « Je suis sûr que je vais échouer à cet entretien, car je ne l’aurais pas assez préparé, donc je vais identifier les questions pièges qui pourraient m’être posées et y trouver des réponses adaptées. Et au cas où cela ne suffirait pas, je vais aussi m’entraîner à passer cet entretien avec un ami ».

Et tout cela va même plus loin, car cette étude a aussi démontré que plus les pessimistes défensifs faisaient preuve de réflexion concernant les éventuels problèmes pouvant se présenter, plus ils devenaient performants.

 

Le pessimisme peut-être positif !

Être optimiste stratégique n’est donc pas mieux qu’être pessimiste défensif ! Cela dépend tout simplement des gens. Si vous êtes optimiste stratégique, ne changez rien. Et si, au contraire, vous êtes plutôt pessimiste défensif, eh bien, ne changez rien non plus, car c’est VOTRE manière de fonctionner. Acceptez-le, assumez-le, et ne vous laissez pas influencer par les gens qui vous conseillent un peu plus d’optimisme, car qu’ils le veuillent ou non, cela ne fonctionnera sans doute pas pour vous. En revanche, pour augmenter vos performances, essayez de faire preuve d’un maximum de pessimisme défensif plutôt que de vous contenter de « pessimisme tout court ». Comment ? Lorsque vous vous surprenez à vous dire que quelque chose va mal se passer, essayez de pousser votre réflexion en vous demandant pourquoi et comment les problèmes pourraient se produire et en imaginant ce que vous pourriez mettre en place pour éviter qu’ils surviennent.

Enfin, si vous ne savez pas si vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste, observez-vous dans différentes situations, testez les 2 stratégies et essayez de voir ce qui fonctionne le mieux pour vous selon les contextes, car évidemment il n’existe pas de solution miracle qui fonctionne pour tout le monde !

 

Et la pensée positive, dans tout ça ?

Pour conclure, quelques mots sur la « pensée positive », un courant du développement personnel que j’ai évoqué au début de cet article et qui prône l’autosuggestion (affirmations positives, Loi de l’Attraction…). Non seulement la science a démontré que la pensée positive était, dans l’ensemble, assez peu efficace, mais en plus, il a été démontré qu’elle pouvait être néfaste pour les personnes souffrant d’un manque d’estime d’elles-mêmes (Wood JV, 2009).

Pourquoi ? Parce que, lorsqu’on a une mauvaise estime de soi, on a tendance à s’imputer la faute de ses échecs. Par conséquent, une personne ayant une mauvaise estime d’elle-même aura tendance à se reprocher l’inefficacité de sa « pensée positive », ce qui l’amènera à culpabiliser et diminuera encore plus son estime d’elle-même.

Qu’on soit optimiste ou pessimiste et qu’on dispose d’une bonne estime de soi ou non, il est de toute manière essentiel d’apprendre à accepter ses émotions, même quand elles sont négatives. Le négatif fait tout autant partie de la vie que le positif, et le nier revient à vivre dans une illusion qui peut s’avérer destructrice lorsque la réalité nous rattrape.

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Sources :

Norem, J. K. (2001). Defensive pessimism, optimism, and pessimism. In E. C. Chang (Ed.), Optimism & pessimism: Implications for theory, research, and practice (p. 77–100). American Psychological Association.

Wood JV, Perunovic WQE, Lee JW, Positive Self-Statements: Power for Some, Peril for Others, Psychological Science, 21 mai 2009

 

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